LE LIVRE DES MORTS DE QED MOUT

Lot 54
60 000 - 80 000 €
Laisser un ordre d'achat
Votre montant
 €
Enchérir par téléphone
Enchérir par téléphone

LE LIVRE DES MORTS DE QED MOUT

LE LIVRE DES MORTS DE QED-MOUT.
Encre et pigments sur papyrus.
Lacunes visibles.
Égypte, Nouvel Empire, XIXe dynastie.
L_ restituée: environ 5m30
Collection particulière, acquis en 1968.
Attesté dès le début du Nouvel Empire (1550 - 1069 av. J.-C.), à la XVIIIe dynastie, le Livre des Morts est le reflet d'une société aux rituels religieux déjà complexes. Cherchant dans les phénomènes naturels l'explication du cycle de la vie, les anciens Égyptiens ont vite assimilé leur existence à celle du soleil mourant chaque soir pour mieux renaître le lendemain ou au cycle du Nil, revenant chaque année lors de la crue. Croyant profondément en cet aspect continu de l'existence, ils se sont ainsi façonné une véritable mythologie eschatologique visant à combattre l'idée d'une mort vide. Perçue comme un adversaire à combattre, cette dernière est progressivement transformée en une phase de transition amenant le défunt à un nouveau stade devant le mener à une vie après la mort. Déjà lié au monde des dieux à travers l'action d'offrandes quotidienne qu'effectue le pharaon, les Égyptiens ne voyaient qu'un changement mineur dans la migration d'un monde à l'autre. Les frontières, perméables, étaient déjà traversées par les magiciens, habilités à agir entre les mondes des hommes et des dieux.
Vivre à jamais et ne pas mourir à nouveau est bien entendu l'ambition première de tout Égyptien. C'est certainement dans cette filiation avec le destin du dieu Osiris, assassiné et démembré par son frère Seth, rendu à la vie par les soins conjugués d'Anubis, l'embaumeur, et des soeurs Isis et Nephtys, que la vie du mort est considérée comme acquise dans l'imaginaire des anciens
Égyptiens. Bien que promise, la vie du défunt n'est pourtant pas acquise; elle est constamment menacée par son environnement dont il doit se protéger afin de ne pas mourir à nouveau. C'est dans cette optique et afin que le défunt puisse “sortir le jour”, tel l'astre solaire à l'aube, que le Livre des Morts trouve sa finalité. Cette formule n'est d'ailleurs pas nouvelle et tient son origine des Textes des Pyramides, au bénéfice du roi à l'Ancien Empire, à savoir l'union du défunt au disque solaire.
L'origine plus ancienne de certaines formules composant le Livre des Morts explique en partie l'impression “décousue“ pouvant se ressentir à sa lecture. Bien que formant un ensemble cohérent à partir du Nouvel Empire, les formules le composant sont pour la plupart tirées de corpus plus anciens, remontant à la Première Période Intermédiaire. C'est ainsi que l'on peut lier certains passages aux Textes des Sarcophages et au Livre des Deux Chemins. Ces deux recueils, déjà intégrés au mobilier funéraire, étaient alors gravés ou peints à l'intérieur des cercueils en bois et rassemblés sous le nom de “Livre de proclamer juste quelqu'un dans l'empire des morts”. Tirant sa substance de plusieurs textes sacrés plus anciens, le Livre des Morts fait écho à la fonction des Textes des
Pyramides dans sa fonction régénératrice, mais s'en écarte du fait qu'il s'adresse cette fois à la classe moyenne de la population dans un souci de démocratisation des rites, désormais plus réservée à la seule personne du roi.
C'est donc avec l'avènement du Nouvel Empire, alors que ce corpus est encore au stade de la formation, qu'apparaissent les premiers exemplaires. Ils se présentent généralement comme une vaste compilation regroupant un choix de certaines formules mises en commun. Ces exemplaires regroupés sous le qualificatif de “recension thébaine” se distinguent par la finesse et les couleurs des vignettes venant compléter les formules à prononcer par le défunt. L'ordre de ces dernières importait peu et était le plus souvent défini par le commanditaire qui pouvait commander la production d'un livre composé de formules de son choix. Formé de 162 formules regroupées sous quatre sections distinctes, auxquelles venaient parfois s'ajouter douze formules dites “chapitres supplémentaires”, le corpus complet du Livre des Morts permet au défunt, à travers la récitation de certains textes, de se protéger contre “toute chose néfaste” au cours de son voyage dans l'au-delà. Il est pour cela associé à la figure d'Osiris et c'est le bâ, parfois traduit comme étant l'âme, mais se rapprochant certainement plus dans l'imaginaire égyptien d'une qualité divine présente en chacun et s'éveillant à la mort du corps physique. C'est à travers son bâ que l'Égyptien peut s'identifier à la divinité et ainsi adopter plusieurs identités afin de “survivre à sa mort”. Entré dans un monde magique dans lequel il doit affronter successivement plusieurs menaces directes, le défunt à l'aide des formules magiques du Livre des Morts se livre ainsi à une succession de transformations modifiant à de multiples reprises sa nature profonde au profit de celles de divinités puissantes et parfois mêmes néfastes. À travers cet imbroglio de textes magiques mêlant prières, implorations, incantations et même conjurations, c'est l'efficacité qui doit primer représente la valeur d'un tel corpus pour les anciens Égyptiens.
Bien que désormais accessible aux membres de l'élite de la société, la fabrication et l'acquisition de tels objets devaient représenter une dépense conséquente et le travail minutieux nécéssaire à leur production est particulièrement visible sur les exemplaires les plus spectaculaires. Le papyrus présenté ici, bien que lacunaire, laisse transparaître son exceptionnelle qualité d'exécution. La sûreté du trait, l'harmonie des proportions ainsi que les subtiles variations tonales en font le parfait exemple d'un type de production d'une rare perfection. Au nom de la dame Qed-Mout, ce papyrus rassemble quatorze planches sur lesquelles se développent formules magiques organisées en registres et colonnes texte en belle écriture hiéroglyphique cursive ainsi que plusieurs illustrations placées dans des vignettes accolées au texte ou occupant l'intégralité du tableau. Chacun des tableaux renvoie à un chapitre précis issu du Livre des Morts, contextualisé et détaillé à présent.
Le tableau 3 présente trente-six colonnes de texte appartenant au chapitre 17, illustrées de manière fragmentaire par un flabellum, trois flammes, un oiseau aux ailes déployées, les dieux Nefertoum, Thot et Anubis. Il est suivi par le tableau 2, de dimensions similaires, abritant trente-six colonnes également issues du chapitre 17, illustrées par la scène montrant le Grand Chat d'Héliopolis tuant le serpent Apophis devant un arbre Ished et par une représentation du coffre à canopes avec Anubis couché.
Les trente-six colonnes du texte du chapitre 17 se retrouvent sur le premier tableau (non reproduit ici) dont les fragments replacés sur ces colonnes le sont en se référant au chapitre 17 du Livre des Morts de Youia (Caire CG 51189) qui est le parallèle le plus proche du papyrus de Qed-Mout. De droite à gauche, regardant vers la droite on peut reconnaître la coiffe de la vache Mehit-Ouret, un fragment de bassin, un des deux lions de l'horizon regardant vers la gauche ainsi que le pavillon abritant la défunte Qed-Mout dans la scène traditionnelle du mort jouant au jeu de senet. C'est donc sous cette scène que devait commencer le chapitre 17
Le tableau 5 représentant le chapitre 18 ainsi que l'introduction du chapitre 17, ouvre la seconde partie du Livre des Morts selon son organisation canonique. Après les formules numérotées de 1 à 16 traitant du voyage du cortège funéraire du défunt jusqu'à la nécropole, la seconde grande division du Livre présente la régénération du mort sous la forme d'un soleil triomphant. Elle est introduite par le chapitre 17 dans lequel le défunt se présente comme le nouveau diémurge, lavé de ses impuretés et levé dans l'horizon oriental. Face aux divinités, il interpelle alors Rê en lui demandant de le protéger de tout mal pouvant lui être causé. Suit le chapitre 18 dans lequel le défunt, nouvellement né, se voit rendre ses capacités ainsi que ses énergies vitales, sa bouche, son coeur, son nom ainsi que son énergie magique dont il aura besoin pour écarter les forces maléfiques se présentant sur son chemin.
Sur le papyrus de Qed-Mout, cette partie est relatée dans le tableau 5 sur lequel les vignettes dessinées occupent une bande horizontale de 8 centimètres de hauteur dans la partie supérieure du papyrus. En dessous, 36 colonnes développent une partie du chapitre 18 sur treize colonnes et la fin du chapitre 17 énonçant le “commencement des transfigurations et glorifications”. Les illustrations montrent successivement la déesse Isis appartenant à la dernière vignette du tableau précédent, puis la défunte Qed-
Mout devant plusieurs divinités dont il ne reste le visage que d'une seule. Ces deux vignettes sont en rapport avec le chapitre 18.
C'est à la suite que viennent les illustrations liées au chapitre 17; Dans ces dernières, Qed-Mout est placée devant un lion couché, un babouin assis sur une estrade, suivi par un second babouin et un Anubis marchant.
Le tableau 5 présente aussi une série de vignettes dans sa partie supérieure du papyrus. La partie inférieure est entièrement occupée par des colonnes d'une largeur d'environ 1,8 cm dont le début du chapitre 83: “Prendre l'aspect d'un phénix” occupe les deux premières. Suivent trente-trois colonnes contenant le texte du chapitre 18: “... Proclame victorieux... devant le tribunal divin...”. Les illustrations de la zone supérieure montrent successivement Qed-Mout devant les dieux Anubis, Osiris et Thot puis seulement devant Osiris et Thot et enfin Qed-Mout devant Hapi et une autre divinité indéterminée.
La troisième grande partie rythmant le Livre des Morts est désignée sous le nom de Transfigurations. Elle rassemble la majorité des chapitres et est certainement la plus complexe des quatre sections composant l'ensemble. Elle concrétise la “sortie au jour” du défunt préparée et anticipée dans la partie précédente. Elle présente l'ensemble des transformations nécessaires au défunt afin qu'il réalise son voyage à la lumière. Le papyrus présente l'épisode de la Vache de l'Occident sortant de la montagne accompagnée de la déesse hippopotame ainsi que Qed-Mout. Cette illustration fait écho au texte du chapitre 72 qui décrit jusqu'au chapitre 75 l'arrivée du défunt dans l'horizon oriental. Le texte en sept colonnes se lit de la droite vers la gauche et reproduit de façon assez fidèle une partie du texte du chapitre 72 tel que celui-ci apparaît dans le papyrus d'Any qui illustre le même passage.
À la suite du chapitre 72, se place le tableau 6 qui décrit lui le chapitre 84 encadré d'une vignette mesurant environ 8 centimètres de côté et illustrant Qed-Mout en adoration devant une table d'offrandes tournée vers la vignette suivante avec l'image d'un héron.
Sous le héron commence le texte du chapitre 84 et s'achève celui du chapitre 83. Ces chapitres traduisent les “transformations” dont les formules doivent permettre au mort de prendre des formes diverses tel Rê lors de son voyage nocturne. Le corps physique du défunt n'étant devenu qu'une enveloppe servant de réceptacle à son bâ, il peut en changer selon sa volonté. Ces transformations sont également visibles dans le tableau 7 du papyrus puisque l'on y retrouve le chapitre 86 “Prendre l'aspect d'une hirondelle” qui commence sous un vignette mesurant 8 centimètres de côté par 9 centimètres et contenant une hirondelle sur une butte.
Le texte quant à lui, occupe neuf colonnes. C'est également sous cette vignette que s'achève le chapitre 77 intitulé “Prendre l'aspect d'un faucon d'or” qui commence sous une seconde vignette représentant elle, un faucon perché sur une estrade. Sous le faucon commence le chapitre 77 et s'achève le chapitre 84, “Prendre l'aspect d'un héron-shenty”.
C'est le tableau 7 qui présente le chapitre 125, assez célèbre et désigné sous le nom “Entrer dans le Hall des Deux Maât”. Il se développe sur presque trois colonnes qui précèdent Qed-Mout, tournée vers le Hall des Deux Maât. Le texte le plus proche est celui du papyrus de Youia (CG 51189), dans les colonnes 1 à 6/7 dudit chapitre. Le texte se lit de la gauche vers la droite, mais avec des hiéroglyphes orientés de la droite vers la gauche. Ce tableau est bien sûr suivi par le tableau 8 qui complète le hall des deux Maât. Ce dernier, fermé par deux grandes portes et surmonté d'une rangée d'uræi abrite habituellement quarante-deux dieux auxquels s'adresse le défunt sur le modèle suivant: “Ô untel..., je n'ai pas...”. Le papyrus de Qed-Mout ne laisse de la place que pour vingt-et-une de ces divinités. Trois noms sont identifiables: In-â-f, Tem-sep et Kenemty. De la seconde partie des formules on peut en reconnaître une douzaine. “Je n'ai pas insulté”, “Je n'ai pas été faux”, “Je n'ai pas..., je n'ai pas forniqué avec un fornicateur”, “Je suis sans tache et je n'ai pas fait de mal”, “Je n'ai pas été bavard”, “Je n'ai pas marché dans l'eau”, “Mes parts n'ont pas été grandes, excepté celles prises sur mes biens”, “Je n'ai pas fait de distinctions à mon profit”, “Je n'ai pas été violent”, “Je n'ai pas insulté [le dieu]”, “Je n'ai pas été sourd à une parole de vérité”, “Je ne me suis pas emporté”.
Le tableau 10, montre Qed-Mout, tournée vers la scène précédente, suivie par les Champs d'Ialou (scène similaire sur le papyrus d'Any). On observe également les fragments de deux colonnes d'inscription au dessus de la défunte. Il est suivi du tableau 9 qui présente la défunte Qed-Mout ainsi que le texte du chapitre 110 intitulé “Les champs d'Ialou et la sortie au jour”. Le texte est inscrit sur quatorze colonnes de la gauche vers la droite, mais avec des hiéroglyphes se lisant de droite à gauche. Notons qu'il se prolonge sur deux colonnes de l'autre côté du tableau précédent. D'autre part, les cinq premières colonnes sont situées au dessus de
Qed-Mout et ne descendent pas jusqu'en bas. Le texte s'inscrit de manière assez fidèle, jusqu'à la dixième colonne, dans l'exemple du papyrus d'Any, les colonnes suivantes trouvent un parallèle chez Youia (Caire, CG 51189).
La dernière partie du Livre des Morts traite du monde souterrain. Elle se compose de deux parties distinctes, la première traitant du voyage du défunt, dorénavant nouvel astre ainsi que du culte à lui rendre chaque jour, la seconde partie traite quant à elle de la géographie du monde des morts. C'est cette dernière partie qui compose la dernière partie du papyrus de Qed-Mout.
En introduction à cette partie, le défunt présenté comme Horus, fils du dieux des morts Osiris, doit prouver qu'il connaît les noms de tous les dieux et surtout ceux de son père. Le tableau 12 présente ainsi quatre des vingt-et-un porches de la demeure d'Osiris, avec leurs gardiens, la défunte Qed-Mout ainsi que le texte du chapitre 146. Au registre supérieur, le premier et le cinquième, au registre inférieur, le deuxième et le sixième.
Enfin, le tableau 13 du papyrus met en scène les sept vaches et le taureau, les quatre rames-gouvernail nécessaires à l'approvisionnement en offrandes du défunt lors des fêtes en son honneur. On peut également observer le texte du chapitre 148 et une partie du personnage de la défunte Qed-Mout. Le texte se développe sur sept colonnes qui se lisent de la droite vers la gauche. Les cinq premières couvrent la totalité de la hauteur, tandis que les deux dernières s'inscrivent au dessus du personnage.
À cet ensemble exceptionnel se rajoutent deux planches contenant des fragments de scènes dont le contexte général a disparu: des pleureuses, des prêtres devant la tombe et l'extrait du chapitre 1 “le jour des funérailles”.
On a également des têtes de bovins et des serviteurs portant des offrandes, une procession d'hommes, le catafalque et des hommes le halant, le lac de feu, l'ombre du défunt. Ces scènes se rapportent sans doute aux premiers chapitres du Livre des Morts traitant du cortège funéraire et de son acheminement vers la nécropole où sera inhumé le défunt.
Mes ordres d'achat
Informations sur la vente
Conditions de ventes
Retourner au catalogue
PARIS
Pierre Bergé & Associés
92, avenue d'Iéna
75116 PARIS
T. +33 (0)1 49 49 90 00
F. +33 (0)1 49 49 90 01

BRUXELLES
Pierre Bergé & Associés
Avenue du Général de Gaulle 47
1050 Bruxelles
T. +32 (0)2 504 80 30
F. +32 (0)2 513 21 65